Nous avons tous entendu parler de la poule, mais pourquoi le crapaud a-t-il traversé la route ?
Au Royaume-Uni, de nombreuses routes ont été construites entre les mares de reproduction et les zones d'alimentation du crapaud commun ( Bufo bufo ). Lors de leur migration annuelle printanière entre ces deux zones pour se reproduire, les crapauds entrent en contact avec les voitures et autres véhicules, ce qui entraîne un taux de mortalité élevé. Chaque année, des milliers de crapauds meurent en migrant vers ou depuis leurs mares de reproduction, confrontés aux routes.

Une étude publiée en 2016 a révélé que les populations de crapauds communs ont diminué de près de 70 % en Grande-Bretagne au cours des 30 dernières années. Ce déclin est sans précédent pour une espèce aussi répandue et omniprésente en Europe. Plusieurs facteurs expliquent ce déclin, mais comme pour la plupart des espèces, la perte d'habitat est l'un des principaux. Face à un tel déclin d'une espèce autrefois commune – malgré l'intervention de bénévoles et d'organismes de conservation – des signes inquiétants laissent penser qu'un problème de conservation de grande ampleur, encore inconnu, pourrait être en cause. Les collisions routières contribuent sans aucun doute de manière significative au déclin des populations de crapauds.

Au Royaume-Uni, nous avons une initiative de conservation appelée « Toads on Roads » (Crapauds sur les routes) , un nom qui résume bien son fonctionnement. Des patrouilleurs bénévoles aident à déplacer les crapauds (et autres amphibiens) de l'autre côté des routes vers leurs sites de reproduction, puis à les ramener sur leurs lieux de migration. Cette opération a généralement lieu entre fin février et fin avril, mais peut être prolongée en cas de températures plus froides. Comme la plupart des espèces des régions tempérées, les crapauds utilisent la température comme indicateur (ils restent inactifs en dessous de 5 °C).

Au Royaume-Uni, de nombreux étangs ont disparu depuis les années 1950, lorsque l'intensification agricole a entraîné une transformation radicale des pratiques agricoles. L'habitat terrestre associé, dont les amphibiens dépendent pour se nourrir, est souvent converti sans ménagement. Or, cet habitat est essentiel à la survie des adultes et des juvéniles et joue un rôle vital dans la dispersion des espèces. De plus en plus, routes et lotissements sont construits au cœur même de l'habitat privilégié des crapauds, exposant ainsi les amphibiens à des dangers tels que les chats et les voitures.

Les routes recèlent aussi des dangers cachés : les caniveaux qui évacuent l’eau de la chaussée. Lorsque des crapauds (et d’autres petits animaux) tombent dans ces caniveaux, ils sont souvent incapables d’en sortir et meurent de faim, de noyade ou écrasés par des voitures. Les bordures de trottoir les canalisent souvent vers ces caniveaux, aggravant ainsi le problème. Heureusement, des bénévoles interviennent à l’échelle nationale pour atténuer ce phénomène, mais il est temps de repenser la construction des routes afin de mieux protéger la faune sauvage des dangers routiers.

Les crapauds communs se reproduisent dans les étangs et les lacs où ils sont nés, ce qui signifie que les mêmes crapauds retournent aux mêmes endroits année après année (à condition qu'ils ne meurent pas entre les saisons de reproduction). Même si l'étang disparaît, les crapauds migrent toujours vers son ancien emplacement, ce qui explique leur présence fréquente dans les jardins qui abritaient autrefois des étangs. Les étangs en bord de route peuvent également être pollués par le ruissellement de substances telles que les pesticides, le sel de déneigement et les produits pétroliers, qui ont tous des effets divers sur la qualité de l'eau et l'écosystème. Cela peut entraîner l'empoisonnement des crapauds ou l'eutrophisation de l'étang. Une gestion attentive est nécessaire pour garantir que les étangs restent propices à la reproduction année après année. Dans le cas contraire, les principaux étangs de reproduction peuvent rapidement devenir des puits de population, provoquant de petits déclins localisés. Ces déclins et extinctions s'accumulent rapidement et contribuent aux pertes observées à l'échelle nationale.

D'autres facteurs, comme les maladies et la mouche du crapaud, ont un impact moindre sur les populations de crapauds. Bien que ces facteurs ne soient pas considérés comme des menaces majeures à l'heure actuelle, ils pourraient le devenir. Le changement climatique devrait aggraver le déclin des populations, car il risque de favoriser la propagation des maladies et d'affaiblir le système immunitaire des crapauds. Il semblerait que des hivers plus doux entraînent une sortie d'hibernation moins vigoureuse des crapauds. En raison de la douceur croissante des hivers en Europe, certains hivers peuvent entraîner l'absence de crapauds hibernants, faute de conditions environnementales propices à ce comportement. Durant cette période, ils puisent dans leurs réserves de graisse, la nourriture étant rare, ce qui réduit leur vigueur au printemps.

Il est clair que sans intervention et sans recherches approfondies, les populations de crapauds continueront de décliner. Il est urgent d'agir avant que cette espèce emblématique et charismatique ne disparaisse à jamais du paysage britannique.

Illustration de grenouille réalisée par Carolin Palmer du concours artistique SAVE THE FROGS!
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